J’écris ici pour rétablir la vérité quant à ce que vous aurez pu lire ou entendre à mon sujet depuis quelques semaines.

On dit souvent que la parole libère. Après tant d'années à souffrir en silence, à souffrir tellement que je n'arrivais pas à en parler, raconter mon histoire en public a été une véritable thérapie. Mon but était de livrer un message d'espoir en relatant mon expérience. Puis de passer à autre chose. Mais je me suis rapidement rendu compte que les médias exploitaient mon témoignage pour faire pleurer dans les chaumières. D'une libération de la parole, ce témoignage est devenu une obligation à laquelle je devais me plier. On me forçait la main, on m'expliquait que mes passages télévisés généraient des dons en faveur de la recherche contre le cancer et de l'espoir chez les malades. Comment être insensible à cela ?

Lorsqu'on doute de vos capacités ou de votre réussite, c'est plutôt flatteur. Mais lorsqu'on doute de quelque chose que vous avez subi, dont vous avez souffert et qui aurait pu vous ôter la vie, un sentiment de dégoût vous submerge. Lui succèdent la colère, l'incrédulité, la tristesse et l'incompréhension. C'est sans doute pour cela que la plupart des personnes visées par de telles accusations restent sans voix, attérées.

La jalousie peut pousser les gens à dire des choses absolument invraisemblables et les personnes qui vous jalousent sont les premières à lancer ou à relayer les ragots. C'est d'ailleurs comme cela que cette histoire a démarré : un pauvre type s'est mis à répandre la rumeur selon laquelle j'étais transsexuelle et que je n'avais jamais eu de cancer. Avant lui, peut-être parce que je ne me maquille pas, peut-être parce que je ne porte pas de chaussures à talons ou que j'avais refusé leurs avances, certains hommes avaient déjà prétendu que j'étais lesbienne. Je trouvais ça pathétique.

Je n'ai jamais déclaré publiquement que j'étais intersexuée mais ce n'est pas non plus quelque chose que je cachais à mon entourage ou à mes proches. Je n'ai pas envie de m'exprimer sur la question de l'intersexualité. Je rappellerai juste ceci : être intersexué(e) ce n'est pas être transsexuel(le).

Être intersexuée ne vous immunise pas non plus contre toutes les maladies du monde. Un(e) intersexué(e) peut avoir le cancer. Dois-je vraiment écrire quelque chose d'aussi évident ? Il semble que oui, malheureusement.

Parce que son insistance et ses propos m'ont mise en colère, j'ai décidé de piéger cette journaliste en sachant pertinemment que suite à cela certains médias ne m'accorderaient plus leur confiance et que je deviendrais persona non grata sur les plateaux de télévision. Et ça me convient. Replonger dans ces années horribles, raconter mon passé, mon histoire, mes souffrances, ma résurrection était au départ une libération mais c'est vite devenu une épreuve. Le premier plateau a été libérateur, je l'avoue. Mais pas les suivants. Au bout d'un moment, après chaque plateau, il me fallait plusieurs jours pour retrouver le sourire. J'avais besoin que ça cesse, j'avais besoin de tourner la page. Et je ne savais pas comment faire, comment me soustraire à l'ogre médiatique.

Cette journaliste m'en a offert l'opportunité. Elle me harcelait depuis plusieurs semaines. Elle voulait savoir si les ragots que deux ou trois personnes répandaient à mon sujet étaient vrais. Consternée par son insistance et ses propos, j'ai finalement accepté l'interview. Et j'ai fait quelque chose d'assez fou : je lui ai confirmé les rumeurs, je lui ai dit tout ce qu'elle avait envie d'entendre et même bien davantage. Je la sentais jubiler au téléphone, comme si elle tenait le scoop du siècle. J'ai alors réalisé que les gens ne se questionnent plus du tout quand vous leur dites ce qu'ils ont envie d'entendre. Mais une journaliste a le devoir de vérifier les informations qu'elle reçoit avant de les publier. À un moment donné, il y a eu un silence au milieu de notre conversation et je me suis dit « ça y est, elle a enfin compris que je lui raconte n'importe quoi et que je me moque d'elle ». Mais non, la conversation a repris après ce silence et elle a continué à me poser d'autres questions. À vrai dire, une fois que nous avons raccroché, j'étais amusée à l'idée de ce qui allait se passer. Je pensais surtout que ça lui donnerait une bonne leçon. J'étais loin de m'imaginer que les gens allaient croire cette histoire.

Ce qui est choquant c'est qu'à aucun moment cette journaliste – et ceux qui ont relayé son article – n'ont vérifié mes propos. Alors que cette absence de vérifications est précisément ce qu'ils ont ensuite reproché aux confrères qui m'avaient interviewée jusqu'ici. Le lendemain de l'interview, la journaliste publiait son article. Elle ne m'a pas demandé mon acte de naissance, elle ne s'est pas donné la peine de vérifier mes classements sur les épreuves de coupe du monde ou de championnats du monde au cours desquelles j'avais pourtant bien obtenu des médailles d'or et des victoires. Elle n'a pas contacté mes rivales, qui lui auraient pourtant confirmé que c'était bien moi qui avait remporté ces épreuves. Elle n'a pas cherché à joindre mon sponsor principal – Yamaha – dont Jean-Claude Olivier, le patron de la filiale française, m'a confirmé son soutien indéfectible dans les jours qui ont suivi. Elle n'a pas non plus contacté les organisateurs du Raid Harricana, du Rallye-Raid des Gazelles ou d'autres épreuves. Ces organisateurs lui auraient confirmé, eux aussi, que j'avais remporté telle ou telle épreuve. Contrairement à ce qu'a publié l'AFP, il n'y a jamais eu d'attaque ou de plainte de la part d'une quelconque instance sportive à mon égard ; ceux qui l'ont prétendu ont brodé ce mensonge à partir de l'information selon laquelle ce n'est pas la Fédération Française de Motonautisme qui m'a remis mes titres mondiaux et pour cause : seule une fédération internationale est habilitée à le faire ! Mon éditeur n'a pas non plus mis mon livre au pilon ou suspendu sa publication comme je l'ai lu ici ou là, il est toujours en vente, on le trouve même en tête de gondole dans des hypermarchés en ce moment-même et l'éditeur m'a confirmé qu'il se vendait comme des petits pains.

Cette journaliste voulait publier un article à sensation basé sur des ragots émanant d'un seul homme, influencé par deux autres. Arriviste et naïve, elle pensait qu'elle tenait un scoop et que ce serait bon pour sa carrière. Je regrette de l'avoir piégée et entraînée dans cette supercherie mais je ne m'en excuserai pas pour autant. Si elle avait accepté les réponses que je lui avais fournies la première fois qu'elle m'a contactée et si elle ne m'avait pas harcelée pour obtenir des « aveux », je l'aurais respectée et je ne l'aurais pas piégée.

Ces fausses révélations ont ensuite pris une tournure qui m'a complètement dépassée. Elles se sont d'abord répandu comme une trainée de poudre et certains ont vite compris qu'ils pouvaient s'en servir pour fustiger le prétendu manque de sérieux des producteurs et animateurs-stars des grands talk-shows télévisés. Comme me l'a expliqué Jean-Luc Delarue à l'occasion d'un échange téléphonique que nous avons eu la semaine dernière, cette supercherie est devenue un prétexte pour l'atteindre lui et quelques autres. Sur ses conseils, mon cabinet d'avocats a donc envoyé une lettre aux médias qui avaient relayé ces informations sans les vérifier, afin d'apporter un démenti. Des preuves leur ont été fournies. Des attestations médicales et sportives, en particulier. Les uns après les autres, ils ont alors supprimé tout article en rapport avec cette affaire. Mais sans jamais reconnaître qu'ils avaient bafoué la charte professionnelle des journalistes qui démarre ainsi : "Un journaliste digne de ce nom... tient la calomnie, les accusations sans preuves, la déformation des faits, le mensonge, pour les plus graves fautes professionnelles".

Je ne suis pas assez naïve pour croire que ces médias tireront profit de cette leçon et qu'ils prendront désormais le temps de vérifier les informations avant de les diffuser. Qu'ils prendront aussi des pincettes avant d'aborder une personne pour lui demander des comptes sur la base de rumeurs calomnieuses. Rien ne changera. Ils ne feront leur mea culpa que très brièvement et très rarement, à contrecœur, lorsqu'ils y seront vraiment contraints.

Je n'ai aucun doute quant au fait que certaines personnes se serviront de telle ou telle coupure de presse - supprimée entretemps - pour jeter le discrédit sur ma personne si nous nous trouvons en situation de concurrence ou de conflit. Ce sera une rivale dans le domaine du sport qui voudra compromettre l'un de mes contrats de sponsoring ou un concurrent dans le domaine professionnel qui voudra s'attirer les faveurs d'un client, par exemple. Ces personnes répandront l'information de manière sournoise, dans mon dos bien sûr, en omettant d'évoquer la page que vous êtes en train de lire. Ils se diront choqués, agiteront les étendards de la morale et de la vertu et me couvriront d'opprobre.

Pour ma part, je vais continuer dans la voie professionnelle que je me suis choisie depuis 2 ans et tant que ma santé me le permettra, tant que j'en aurai envie, je continuerai à vivre des aventures sportives et professionnelles comme celles que j'ai vécues jusqu'ici. Je continuerai à voyager, à lire, à faire de belles rencontres, à apprendre constamment de nouvelles choses, à m'émerveiller autant qu'à m'indigner, à tenter d'apporter quelque chose à ceux que j'aime et qui comptent sur moi.

Merci de m'avoir lue jusqu'au bout.